dimanche 15 mai 2011

Tournée . M.Amalric

Canal+ Cinéma - 11h10
Tournée
[COMÉDIE DRAMATIQUE] de Mathieu Amalric
Origine : France
Durée : 1 heure 50 minutes
Sous-titrage malentendant (Antiope).
Stéréo
Interdit aux moins de 10 ans.
En 16:9
Avec : Miranda Colclasure (Mimi Le Meaux), Dirty Martini (elle-même), Julie Atlas Muz (elle-même), Angela Lorenzo (Evie Lovelle), Alexander Craven (Roky Roulette), Damien Odoul (François), Ulysse Klotz (Ulysse)
Le sujet
Un producteur de spectacle tente désespérément de trouver une salle à Paris pour sa troupe de stripteaseuses américaines en tournée en province.

Joachim Sand, un producteur d'émission de télévision à la carrière devenue incertaine, revient des Etats-Unis avec une troupe de stripteaseuses. La tournée qu'il leur a organisée les emmènera au Havre, à La Rochelle, Nantes puis Toulon, en attendant l'apothéose parisienne. Dans le compartiment d'un train, Zand apprend qu'il n'a plus de salle dans la capitale. Alors, tandis que ses artistes américaines court vêtues donnent leur premier spectacle, Zand file à Paris. Il doit trouver une salle, renouer avec des amis devenus hostiles, des maîtresses malades, mais aussi prendre en charge ses enfants, deux garçonnets qu'il n'impressionne plus...


Notre avis
Les reines du burlesque sont emballantes et Amalric leur fait danser une sarabande souvent irrésistible. - Pascal Mérigeau

La critique
Elle a des formes à la Botero, des tatouages de biker et un beau regard triste ombragé de faux cils. Elle, c'est Mimi Le Meaux (qu'elle prononce « le Mieux »), 16 ans d'âge mental revendiqué, figure du strip-tease new burlesque et révélation américaine et charnue du beau film de Mathieu Amalric, « Tournée », prix de la mise en scène à Cannes en 2010. Amalric y raconte, en disciple de Cassavetes et Fellini, l'histoire d'un ancien producteur télé à succès qui avait disparu aux Etats-Unis et en revient à la tête d'un gynécée d'effeuilleuses néoburlesques aux noms évocateurs : Dirty Martini, Kitten on The Keys ou encore, donc, Mimi Le Meaux. Il leur a fait fantasmer Paris ; elles se produiront dans les salles minables de la France profonde. Dérive existentielle au pays des rêves brisés. « Nous, les actrices, avons suivi à peu près le parcours inverse, fait remarquer Mimi. Matthew [sic] avait entendu parler de notre spectacle dans la presse, et il est venu nous voir à Nantes, où nous avions une résidence de trois mois au Festival Estuaire. Il nous a alors proposé de jouer plus ou moins nos propres rôles dans son film, et nous voilà à Cannes, en compétition ! C'était irréel. J'avais l'impression d'être Cendrillon. »
Sa vocation de « danseuse », ainsi qu'elle se définit, Mimi (Miranda Colclasure de son vrai nom) affirme la devoir à sa mère, « qui a payé ses études à la fac en faisant des spectacles de danse du ventre pour lesquels elle confectionnait ses propres costumes », et à ses tantes, toutes danseuses professionnelles. Née et grandie à San Diego, en Californie, celle qui, gamine, se cachait derrière les jambes de sa mère, surmonte sa timidité à travers la danse. « A l'école primaire, on avait ces journées «Show and Tell», où il fallait apporter un objet et en parler quelques minutes devant la classe. Moi, je venais costumée et je faisais un numéro de danse que j'avais répété chez moi pendant des heures. C'était ma façon de m'exprimer. »
En 1995, croyez-le ou non, Mimi est informaticienne : « Je donnais dans l'optimisation de moteurs de recherche, le marketing sur internet, ce genre de choses passionnantes. » C'est alors qu'elle se lance dans le new burlesque, mouvement artistique emmené par Dita Von Teese, l'ex-femme du glam-rockeur Marilyn Manson, qui renoue avec la tradition kitsch des pin-up girondes des fifties auxquelles Mimi, avec ses formes généreuses, n'a guère de mal à s'identifier, et avant cela à celle des cabarets parisiens de la fin du XIXe siècle, les Chat noir et autres Folies Bergère. « Ca a été une libération. Je vivais à San Diego, une station balnéaire, mais je n'allais jamais à la plage. Je ne mesurais pas 1,75 mètre pour 55 kilos. Je ne rentrais pas dans le moule. Et je n'en avais aucune envie ! Avec le burlesque, j'ai découvert que je n'étais pas toute seule. Je me suis trouvé une famille. Pour moi, c'était une manière de dire «Prenez-moi comme je suis, ou allez vous faire foutre !» » Comme l'explique Dirty Martini dans le film, le new burlesque, c'est « des femmes qui font des shows pour les femmes. L'homme ne décide plus de rien. On conçoit nos propres numéros. On s'exprime en tant que femmes. » Du strip-tease féministe, en somme. Politique, même. « C'est l'affirmation du girl power, affirme Mimi. A l'origine, il y avait pas mal de lesbiennes dans le new burlesque. Les hommes payaient pour les voir, mais ne pouvaient pas les avoir. Elles tenaient ainsi leur revanche. »
Le grand bal cannois terminé, Mimi a regagné sa maison de San Diego. Elle y vit plus ou moins en recluse, avec ses chats, Wolfman et Nelson. Regarde des vieux films. Collectionne avec avidité tout ce qui a trait aux monstres de la Universal, en particulier la Créature du lac noir, son préféré ; l'art hawaiien ; les bijoux et les fringues vintage, etc. « Tournée » marque-t-il le début d'une carrière au cinéma ? « J'aimerais bien, dit-elle avec gourmandise. J'ai fait du théâtre au lycée. Mais je ne cadre pas trop avec le milieu hollywoodien. Trop de tatouages. » De fait, ses bras de déménageur tiennent de l'estampe japonaise : on y repère les aliens de « Mars Attacks ! », l'étrange Créature du lac noir, du film éponyme... Des freaks, comme elle. Mimi Le Meaux est un film de Tim Burton à elle toute seule. Une Marilyn post-punk. Une amazone peroxydée. J'arrête là : Mimi, elle se passe de mots.
Olivier Bonnard

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